Opportunismes – Aedaen, Strasbourg

Skills: Commissariats d'expositions, Préfaces d'expositions

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Artistes :

Kathryn Borer, Daniela Caderas, Françoise Caraco, Janusz Czech, Clara Denidet, Marine Dominiczack, Anas Kahal, Rona Kobel, Nina Laaf, Nelly Massera, Marianne Maric, Laura Mietrup, Jissok Min, Capucine Vandebrouck, Nicolas Vionnet, Anne Zimmerman, Skander Zouaoui

Commissariat de l’exposition :

Anne-Sophie Miclo et Andréas Hagenbach

du 3 décembre 2016 au 8 janvier 2017 à Aedaen, Strasbourg

  • Vue de l'exposition "Opportunismes" Daniela Caderas, „Sehnsucht nach Romantik als Romantik“, acier, matériaux de décoration, 2016 / Photo : Andreas Hagenbach

Ces dernières décennies ont été marquées par l’émergence d’une figure artistique capable de s’accommoder des circonstances afin de développer sa pratique, ce que le critique d’art Maxence Alcalde (1) a nommé : l’artiste opportuniste. Si l’opportunisme est aujourd’hui discrédité en raison de sa dimension politique d’abord, mais également parce qu’il va à l’encontre des principes moraux – en cherchant toujours à tirer le meilleur parti d’une situation à ses fins -, il n’en demeure pas moins présent dans les principaux schémas d’évolution. On pense alors naturellement aux théories de Darwin mais également à celle de l’anthropologue Carel van Schaik (2), qui considère que l’homme est programmé biologiquement à faire de l’art et que cette pratique, dans laquelle la volonté de coopération est prégnante, a assuré la survie de l’espèce humaine depuis son apparition.

En biologie, une espèce capable de se plier aux circonstances, de s’adapter aux ressources immédiatement disponibles afin de se développer ou de survivre est qualifiée d’opportuniste. Véritable credo des sociétés occidentales aujourd’hui, il convient de se demander si l’adaptation fait sens au sein de la création contemporaine. En effet, peut-elle être perçue comme une source de création ou s’agit-il plutôt d’un impératif économique ? Qu’advient-il lorsque les antonymes ‘principe’ et ‘changement’ sont réunis au sein d’une même proposition ? Que signifie donc pour un artiste d’adopter un comportement opportuniste ?

Maxence Alcade renvoie plutôt à la figure de la métis très présente dans la Grèce antique en évoquant notamment « une pratique positive et furtive de l’occasion, une manière de surfer sur des opportunités, de se jouer de l’imprévisible »(3) qui fait davantage référence à la ruse et à l’intelligence pratique. Or, les processus de récupération, de détournement de l’objet ou de transgression ont une résonance forte dans la création contemporaine et viennent recouper en grande partie ces définitions.

Dans le champ de l’art contemporain, l’opportunisme permettrait donc de combiner tout à la fois construction et transgression, non sans une certaine ambiguïté et ironie. En outre, en déplaçant les limites, et en bousculant parfois repères et tabous, l’opportuniste peut également représenter une forme de résistance politique.

Anne-Sophie Miclo et Andreas Hagenbach

 

1/ Maxence Alcalde, L’artiste opportuniste. Entre posture et transgression, Paris, L’Harmattan, 2011
2/ [http://www.tagesanzeiger.ch/kultur/kunst/kunst-war-fuer-die-fruehen-menschen-ueberlebenswichtig/story/21555118]
3/ Maxence Alcalde, L’artiste opportuniste. Entre posture et transgression, Paris, L’Harmattan, 2001, p.83

 

Marianne Maric, L'Ours, 2012

Marianne Maric, L’Ours, 2012