L’animal à l’œuvre : comment faire avec les souris ?

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Texte publié dans Espace art actuel # 121 – hiver 2019

Michel Blazy, Paysage : Montage, 2008.
Crème dessert au chocolat et à la vanille
et œufs sur bois grignoté par des souris, 60 x 80 cm. Avec l’aimable permission de l’artiste et de
Art : Concept, Paris. Photo : © Fabrice Gousset.

 

Si l’histoire de l’art révèle l’ancienneté des rapports entre l’humain et l’animal, l’un des truismes les plus ancrés affirme qu’il n’y a pas d’art dans le monde non-humain. Quand il s’agit de définir l’art, l’idée qu’il constitue une activité uniquement humaine est souvent à la fois un prérequis ainsi qu’une constante participant d’une définition humaniste et anthropocentrique de l’art. Et si pourtant l’art pouvait s’étendre au non-humain ? Les animaux feraient-ils de l’art ? Ces questions ont pourtant été posées à maintes reprises. Dès 1910, lors du 26èmeSalon des indépendants, le paysage-canular Et le soleil s’endormit sur l’Adriatiquede Joachim-Raphaël Boronali était présentée. L’œuvre « peinte » par l’âne Lolo via le truchement d’un pinceau attaché à sa queue soulevait toutefois moins la question de l’art du point de vue animal qu’elle n’adressait une critique acerbe aux avant-gardes, notamment du fait de « peindre comme un âne ». Plus récemment, en divers endroits du monde, des toiles réalisées par des chimpanzés, des chiens ou des éléphants ont été achetées par des amateurs toujours plus nombreux[1]. Des créations qui soulèvent une épineuse question : sont-elles réalisées par l’animal pour tromper l’ennui lié à sa captivité ou témoignent-elles d’un intérêt et d’une volonté autonomes pour les activités créatrices ? L’aboutissement des réalisations de certains crabes dans le sable, des nids d’oiseaux ou encore de toiles d’araignées peut également interpeller.

Dans son travail, Michel Blazy adresse la question de façon différente : et si le vivant non-humain prenait pleinement part à l’activité artistique ? C’est ce que laissent penser certaines de ses œuvres réalisées en collaboration avec des espèces animales et dont la présence dans le travail artistique dépasse le statut de médium auquel elles sont fréquemment réduites dans la création contemporaine. En 2009, son exposition à la galerie Art:Concept intitulée : « Comment faire avec les crabes, les coléoptères, les fourmis, les lézards, les oiseaux et les fourmis ? » mettait déjà en doute ces certitudes en soulignant la possibilité d’une création interespèces. Conjuguant à la fois des espèces que notre société qualifie de « sauvages » ou de « nuisibles » – ces dernières sont généralement de petites tailles et  il est plutôt d’usage de les exterminer que de les valoriser ou de les préserver -, Michel Blazy a mis en place des dispositifs offrant une place importante à l’indéterminé et au vivant. L’animal y apparaît, tant dans le processus de création que dans les expositions. Ainsi, ce sont autant de souris, drosophiles, fourmis, moustiques, araignées, etc.qui ont pris part in vivo à ses expositions et à l’élaboration de ses œuvres.

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L’intégralité du texte est à retrouver en version PDF sur le site ERUDIT

 

 

[1]Parmi lesquels on peut évoquer les éléphants du Maesa Elephant Camp en Thaïlande, Dagger le chien peintre aux États-Unis dont la vente des toiles lève des fonds pour les associations de défense des animaux ou encore celles réalisées par les chimpanzés du Primate Rescue Center au Kentucky.