before dust. past projects for the future

Skills: Commissariats d'expositions, Préfaces d'expositions

Du 2 mai au 1er juin 2019

Galerie Octave Cowbell – Metz

 

Si les strates telluriques nous renseignent sur la formation de la Terre, chaque roche incarne donc le témoignage d’une histoire lointaine. En cela, le récent passage à l’anthropocène – ère caractérisée par l’empreinte de l’activité humaine comme force géologique prédominante – vient questionner notre rapport au monde, dans la mesure où il nous désigne comme étant bien plus que de simples occupants de cette planète.

Première exposition de l’artiste pluridisciplinaire Sarah Nance en France, before dust. past projects for the future regroupe des œuvres récentes, créées entre 2016 et 2019, qui manifestent de sa fascination pour les éléments naturels et de sa capacité à magnifier le chaos.

 

Dans ses interventions in situ, à travers ses installations ou encore ses photographies, Sarah Nance tente de capter les manières dont le passé habite le présent.Pour cela, l’artistecollecte des données en provenance de la NASA, de cartes géographiques, de marégraphes ou encore de relevés sismiques, à partir desquelles elleélabore ses œuvres. Ainsi, la composition sonore marseilles tidal gauge aria[1](2019), se base sur les relevés existants des marrées de la mer méditerranée entre 1884 et 2014 et rend audible l’historique de ces événements révolus, dont il ne reste aujourd’hui aucune trace. Sur ces notes de musique, l’artiste chante un poème extrait du livre intitulé Songs from the Black Moonde Rasu-Yong Tugen[2]dans un style lyrique, renvoyant ainsi à la tradition des airs d’opéras évoquant la perte et le désespoir.

 

Prêter attention, c’est d’une certaine façon composer des mondes, les prendre en charge, par fragment, comme le fait l’artiste dans lifting, settling of a mountain(2013) et au sein de sa série photographiqueanthropogeology(2018). En effet, dans ses photographies, l’artiste met en évidence l’impact de la présence humaine sur la formation des couches géologiques. En attribuant un sens et des valeurs à des choses a priori insignifiantes, en exhumant ou encore en réanimant des histoires oubliées, Sarah Nance recompose notre réalité. Par la confection d’œuvres textiles et l’utilisation de matériaux préexistants (tels que la pierre, les micrométéorites ou encore la glace) au cœur de ses installations, l’artiste dirige notre attention non seulement sur ce que l’on voit, mais également sur notre manière de regarder. Notre perception de l’environnement s’en trouve alors profondément bouleversée. Ainsi, partant d’un problème astronomique majeur – l’éloignement de la lune de 3,8 cm par an –, Sarah Nance y apporte une réponse fictive, tout à la fois vaine et utopique.Pour l’installation (emergency) (space) blanket for the moon(2016), l’artiste confectionneune couverture de survie, dorée et iridescente, qu’elle met en place sur des pierres pour tenter de maintenir les forces gravitationnelles entre la Terre et la Lune et ainsi conjurer cet éloignement.

 

Comment comprendre l’univers en constante formation qui nous entoure ? Comment faire lorsque la réalité échappe à la connaissance humaine ? Comment composer l’actuel lorsque celui-ci ne semble pas intelligible ? Ces problématiques, Sarah Nance les rend visibles dans ses œuvres qui semblent construire des récits ouverts. Ainsi, lorsqu’un être humain actionne un briquet, les sous-produits en fer générés par ce geste sont en tout point identiques aux micrométéorites s’accumulant à la surface de la Terre.Pour l’œuvre telluric(2017), l’artiste a collecté méticuleusement ces éléments aimantées dont nul ne connaît la réelle origine : produit terrestre fabriqué par la main humaine ou infime particule en provenance de l’espace ?

 

En entrecroisant des faits et des représentations liés tant à la géologie, l’exogéologie qu’à l’anthropogéologie,l’exposition, véritable dramaturgie de la catastrophe à venir, nous invite à repenser poétiquement notre manière d’habiter le monde.

 

Anne-Sophie Miclo

 

Sarah Nance, anthropogeology (snowplow strata), 2018
digital archival print
24 x 36 in.
Crater Lake, Oregon

 

[1] En collaboration avec Burke Jam.

[2] Notre traduction : « Dans la nuit éternelle, nous avions chacun brûlé la forêt afin de mieux voir. Des nuages de corbeaux affligés ont dérivé vers le haut, effaçant imperceptiblement les étoiles. »